Comment ça marche : la
télévision par ADSL
Eric Larcher,
L'Ordinateur Individuel,
le 01/02/2004
à 07h00
Il y a
peu de temps encore, la télévision n'était diffusée que par
ondes hertziennes, câble ou satellite. Aujourd'hui, elle est
accessible depuis son ordinateur via son FAI.
Parallèlement à sa diffusion
« normale » par ondes hertziennes, câble ou satellite,
chaque programme TV est transmis en numérique au fournisseur
d'accès. Ces flux vidéo sont encodés en DVB, le format
utilisé pour la télévision par satellite.
Les programmes envoyés par les chaînes
de TV sont reçus en continu par le centre de diffusion
télévisuelle du FAI, où des ordinateurs les convertissent à
la volée en MPeg2 avant de les rediffuser sur le réseau. Le
centre de diffusion télévisuelle du FAI héberge le serveur
qui gère l'accès aux chaînes payantes. Il peut accueillir
des serveurs de vidéo à la demande. Le réseau en fibres
optiques du fournisseur d'accès véhicule les programmes du
centre de diffusion télévisuelle jusqu'aux centraux
téléphoniques des différentes villes où le service de
télévision par ADSL est proposé. Ce réseau est par ailleurs
relié à Internet et aux infrastructures des opérateurs de
téléphonie.
Tous les concentrateurs de lignes ADSL
(Dslam) du FAI reçoivent en permanence la totalité des
programmes proposés aux abonnés. Mais ils ne transmettent à
chaque abonné que le flux vidéo correspondant à la chaîne
regardée. Avant de délivrer des programmes payants, les
Dslam contactent le serveur de gestion des droits d'accès
situé dans le centre de diffusion pour vérifier que les
abonnements correspondants ont bien été souscrits.
La réception chez l'abonné
La restriction de distance entre
l'abonné et son central téléphonique est un peu plus
importante que pour un simple accès à Internet haut débit
par ADSL : pas plus de 2 km (contre 3 km). Sinon, le seul
équipement spécifique est le décodeur TV sur ADSL qu'on
relie au téléviseur par un câble Peritel. Ce boîtier se
branche sur le modem ADSL - ou sur la prise téléphonique
murale, lorsqu'il dispose d'un modem intégré. Le modem se
charge de séparer les différents types de données (Internet,
TV et téléphone dans le cadre des offres
« triple play »
) et envoie le flux vidéo au décodeur
pour qu'il le décompresse à la volée grâce à son circuit
MPeg2.
La télécommande fournie avec le
décodeur permet de zapper d'une chaîne à l'autre. Le
décodeur transmet chaque demande de changement de chaîne au
Dslam auquel il est rattaché. L'opération prend environ une
demi-seconde. Il y a quand même une difficulté : faire
cohabiter harmonieusement les trois types de flux (vidéo,
trafic Internet et voix) dans les mêmes tuyaux. Le transit
des paquets de données contenant de la vidéo ou de la voix
ne doit pas être ralenti par les opérations d'acheminement
de ceux qui correspondent à des séances de surf, des
échanges de courriels, des téléchargements de fichiers, etc.
Sinon, les conversations téléphoniques seraient hachées et
la réception des programmes, qui s'effectue en
streaming
(diffusion continue, sans
téléchargement de fichier) manquerait de fluidité.
Deux méthodes en compétition
Deux méthodes s'opposent. La première
consiste à identifier la nature de chaque paquet (en leur
associant une sorte d'étiquette, ce que permet, par exemple,
la technologie MPLS) et à demander aux routeurs du réseau de
travailler
« intelligemment » pour
transmettre en priorité ce qui est urgent. C'est, a priori,
l'approche de France Télécom, qui doit composer avec les
équipements ATM de son réseau. La seconde est plus
simpliste, mais tout aussi efficace : allouer à chaque type
de flux plus de bande passante qu'il n'en exige et les
véhiculer dans des tuyaux séparés en les transmettant sur
des longueurs d'onde différentes. C'est la démarche
revendiquée par Free, qui utilise des liaisons Gigabit
Ethernet, comparables à celles des réseaux des grandes
entreprises.
Dans les centraux téléphoniques, où
les concentrateurs de lignes ADSL (Dslam) effectuent la
jonction entre les réseaux des FAI et les lignes
téléphoniques des abonnés, les débits sont plus comptés que
dans le coeur des réseaux : tout juste 5,5 Mbits/s par
abonné, à condition d'habiter à moins de 2 km de son central
téléphonique. Ces 5,5 Mbits/s sont juste suffisants pour les
offres de type « triple play »
(Internet à 1024 Kbits/s + téléphone + TV) :
en limitant à 3,5 Mbits/s la bande passante allouée à la
télé, ils n'autorisent qu'une définition de 576 × 480 points
(on est loin de la haute définition !) et interdisent aux
décodeurs TV sur ADSL de recevoir deux chaînes à la fois.
Impossible d'enregistrer une émission tout en en regardant
une autre. Cruel défaut ! La télévision sur ADSL nécessite
donc une fine orchestration des dialogues entre les
concentrateurs de lignes ADSL (Dslam) et le modem ADSL de
l'abonné pour empêcher que les accès Internet nuisent à la
qualité de réception TV en empiétant sur la bande passante
affectée à la télé.
France Télécom utilise la technologie
MultiVC pour éviter ce type de problème. Seuls les modems
ADSL compatibles avec cette technologie peuvent être
utilisés. Pour sa part, la Freebox (le modem décodeur de
Free) semble s'en remettre aux mécanismes de gestion de
qualité de service intégré au protocole de communication IP
(QoS). L'efficacité de l'approche reste à vérifier : lors de
l'ouverture du service, de nombreux abonnés Free ont goûté à
des débits Internet de 5 Mbits/s... avec, en contrepartie,
un écran noir sur le téléviseur ! La technologie n'en est
qu'à ses premiers balbutiements.
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Demain :
films à volonté et services inédits
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Dans quelques mois, les
services de télévision par ADSL devraient permettre
de regarder une émission pendant qu'on en enregistre
une autre en numérique sur disque dur. C'est le
passage à l'ADSL 2+ qui autorisera la réception
simultanée de deux chaînes. Grâce à l'amélioration
des techniques de modulation, cette technologie
offrira un débit d'environ 10 Mbits/s à 2 km des
centraux téléphoniques. Et avec le Rich Extended
ADSL, le même débit pourrait être atteint à 3 km.
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Autre avancée attendue, sans
doute dès le printemps chez Free, la mise en place
de serveurs de vidéo à la demande permettant de
regarder films et rediffusions d'émissions aux
heures de son choix. Ce type de service devrait
gonfler le trafic du réseau, car il est difficile à
faire fonctionner en multicast. La qualité d'image
progressera avec le remplacement du format MPeg2 par
le MPeg4, sans doute courant 2005.
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A plus longue échéance, le
MPeg4 donnerait aussi naissance à des services
interactifs inédits : consulter la biographie d'une
personnalité simplement en cliquant sur son image ;
revenir en ralenti sur le but qui vient d'être
marqué au cours d'un match ; ou encore choisir les
angles de vue lors de la retransmission d'un
concert ! La télévision sur ADSL analyserait
également en continu le comportement des
téléspectateurs. Cela devrait plaire aux
publicitaires... |
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Glossaire
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ATM |
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Asynchronous Transfer Mode.
Protocole de transmission réseau reposant sur le
transfert de « petits » paquets de données et bien
adapté au transport de flux audio et vidéo.
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Streaming |
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Technique de diffusion en
continu de flux multimédias (audio et vidéo)
développée pour Internet. Elle permet aux
destinataires de regarder des vidéos ou d'écouter de
la musique au fur et à mesure de leur réception,
sans phase préalable de téléchargement.
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Bande passante |
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Ce terme désigne aussi bien le
débit maximal offert par un dispositif de
télécommunication que le débit nécessaire à un type
de transmission. |
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Dslam |
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Equipements de
télécommunication qui relient les lignes
téléphoniques des abonnés ADSL au réseau de leur
fournisseur d'accès (ou au réseau de collecte ADSL
de France Télécom). |
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MPeg2 |
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Norme de compression audio et
vidéo utilisée aussi bien sur le DVD-vidéo que pour
la télévision par câble et par satellite. La
télévision par ADSL utilise une définition d'image
de 576 × 480 points (contre 720 × 576 points pour le
DVD). Mais la qualité vidéo dépend surtout du débit,
exprimé en Mbits/s. |
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Multicast |
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Technique de diffusion
consistant à véhiculer en un seul exemplaire des
données à plusieurs destinataires, de façon à
alléger le trafic sur un réseau. |
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