Comment ça marche : l'UMTS
Visiophonie, Internet rapide, téléchargements : avec l'UMTS,
la téléphonie mobile entre dans l'ère du haut-débit. Mais il a
fallu des années de mise au point.
Stéphanie Molinier ,
L'Ordinateur Individuel,
le 15/12/2004 à 07h00
On ne l'attendait plus ! A force de
retards et de fausses annonces, la téléphonie mobile de
« troisième génération » (3G ou UMTS, pour
Universal Mobile Telecommunications
System ) paraissait condamnée.
Jusqu'à cette fin 2004, où Orange et SFR ont enfin ouvert les
premiers réseaux UMTS en France. Et, avec eux, la promesse du
multimédia dans les téléphones portables : visiophonie, accès au
Web à haut-débit, téléchargement de musique...
Alors que la technologie actuelle (la
2G), qui s'appuie sur la norme GSM
(Global System for Mobile Communications),
permet d'atteindre un débit de 14,4 kbit/s
(suffisant pour acheminer des communications vocales), la 3G,
elle, surfe sur le haut-débit. En théorie, jusqu'à 2 Mbit/s,
grâce à quelques améliorations... et à une refonte des
équipements actuels.
Une bande passante élargie
Tous les opérateurs mobiles utilisent
les ondes radio (divisées en bandes de fréquences, elles-mêmes
subdivisées en canaux) pour faire passer les communications
vocales et les données. Mais le spectre radio (l'ensemble des
fréquences disponibles) est très convoité : il faut le partager
avec la télévision, la radio, le Wi-Fi, l'armée, etc. Les
téléphones portables GSM fonctionnent aujourd'hui sur une bande
de fréquences située à 900 ou 1800 MHz et d'une largeur de
200 kHz. Bien trop faible pour du haut-débit...
Afin de faire transiter davantage de
données, l'association 3GPP (3rd
Generation Partnership Project,
qui regroupe les principaux acteurs de télécommunication en
Europe) a décidé d'allouer à l'UMTS une largeur de 5 MHz, située
cette fois autour de 2 GHz dans le spectre radio. Mais pour
faire grimper les débits, l'UMTS ne s'appuie pas uniquement sur
un élargissement de la bande de fréquences. Le procédé employé
pour faire transiter la voix et les données a été entièrement
reconsidéré. En Europe et en Asie, la 3G s'appuie ainsi sur une
technologie nommée W-CDMA
(Wideband-Code Division Multiple Access).
Mieux utiliser les canaux
Au commencement était le FDMA
(Frequency Division Multiple Access).
Apparue bien avant le GSM, cette
technologie était utilisée pour faire transiter la voix par les
airs. Chaque fois qu'une personne téléphonait avec son mobile,
on lui attribuait un canal de communication exclusif. Durant
toute la durée de l'appel, il occupait son canal et personne
d'autre ne pouvait l'utiliser. Inconvénient majeur du procédé :
la bande de fréquences était très rapidement saturée.
Avec le GSM est né le TDMA
(Time Division Multiple Access).
Ici, chaque canal est divisé en
intervalles de temps identiques, alloués aux différents
utilisateurs, suivant les besoins. Sur chaque canal, se
succèdent ainsi les « morceaux » de différentes communications,
une technologie qui permet d'augmenter le nombre d'utilisateurs
simultanés... mais pas les débits.
Le W-CDMA reprend le meilleur de ces
deux technologies. Mais cette fois, toutes les transmissions
(voix et données) passent en même temps sur toute la largeur de
la bande de fréquences. Elles sont en quelque sorte dispersées
sur la bande. Chaque transmission se voit attribuer un code, ce
qui permet de différencier les communications et de ne pas les
mélanger entre elles.
Gros investissements matériels, petites adaptations
logicielles
Ces changements requièrent toutefois
des équipements radio différents de ceux utilisés actuellement.
Les « stations de base » couplées aux antennes qui quadrillent
la France et les contrôleurs qui concentrent le trafic pour
l'envoyer vers le coeur du réseau doivent tous être changés. Une
conversion coûteuse, l'Hexagone accueillant plus de
30 000 stations de base et des centaines de contrôleurs.
En revanche, le coeur du réseau de
chaque opérateur, qui comprend les équipements de commutation
assurant la connexion avec les réseaux externes (Internet,
Intranet, réseaux de téléphonie fixe, etc.) a simplement besoin
d'être mis à jour. Il y a une raison à cela : l'UMTS transmet
les données en mode « paquets », une technologie qui permet
d'affecter à d'autres transmissions les « temps morts » d'une
communication (une requête Internet en attente de réponse, par
exemple).
Or les opérateurs ont déjà aménagé
leurs coeurs de réseau pour le GPRS, une évolution du GSM qui
utilise cette même technologie. Une simple mise à jour
logicielle de leurs équipements suffit donc pour passer à la 3G.
A ces problèmes de conversion s'ajoutent des exigences
d'interopérabilité (compatibilité entre terminaux mobiles,
opérateurs et services) et des contraintes nouvelles. Ainsi,
lorsqu'un utilisateur se déplace en téléphonant, sa
communication est relayée par plusieurs stations de base. On
parle de handover.
Pour le GSM, le passage d'une station
de base à une autre génère une microcoupure de 100 ms,
acceptable pour la voix, mais peu compatible avec le transfert
de données. Pour résoudre ce problème, en UMTS, l'utilisateur
est pris en charge par plusieurs stations simultanément. Il
reste ainsi toujours « couvert », même s'il se déplace. C'est le
soft handover.
Toutes ces contraintes techniques
nécessitent des phases de tests prolongées qui, officiellement,
expliqueraient le lancement tardif de la 3G en France. Les
Japonais, eux, disposent de réseaux 3G depuis 2001... Et ils
parlent déjà de 4G, avec des débits atteignant 100 Mbit/s.
Glossaire
GPRS
(General Packet Radio Service)

Evolution de la norme GSM qui permet
le transfert de données en mode paquets, avec un débit plus
élevé.
EDGE
(Enhanced Data for Global
Evolution)

Evolution du standard GPRS qui permet
le transfert de données en mode paquets, à haut-débit.
HSDPA
(High Speed Downlink Packet Access)

Evolution de la norme UMTS qui permet
le transfert de données en mode paquets, à très haut-débit.
Les étapes du voyage UMTS
Les données transitent par la
voie des airs

Deux personnes utilisent leurs
téléphones UMTS. Elles envoient, en même temps, des données
(symbolisées ici par des carrés, pour l'envoi d'un mail par
exemple) et de la voix (représentée par des ronds). La bande
de fréquences utilisée est large de 5 MHz, ce qui permet
d'atteindre des débits relativement importants.
En outre, les données émises par
plusieurs utilisateurs peuvent se mélanger sur une même
fréquence, sous forme de « paquets » (c'est le mode
paquets). Ces dernières sont étiquetées (on parle de
répartition par code), ce qui permet de reconstituer les
données à l'arrivée.
Les équipements radio
concentrent le trafic vers le coeur du réseau

La couverture 3G du territoire est
assurée par un réseau d'antennes qui captent les signaux
radio émis par les mobiles. Chaque antenne est reliée à une
station de base, appelée NodeB, en 3G.
Son rôle : transformer les ondes
radio émises par le mobile en données capables de transiter
sur les réseaux filaires (et inversement). Les NodeB sont
reliés, le plus souvent, au travers de liaisons 2 Mbit/s à
un contrôleur, appelé RNC
(Radio Network Controller).
C'est vers lui que transitent la voix et les données.
Le RNC trie les données et la
voix

Le RNC a pour mission principale de
gérer la mobilité des utilisateurs et de concentrer le
trafic de plusieurs dizaines de NodeB. Il sépare les données
de la voix, et les envoie vers des équipements chargés de
leur traitement spécifique.
Le HLR autorise l'utilisation
des services UMTS

Chaque opérateur dispose d'un HLR
(Home Location Register),
sorte de base de données dans laquelle
sont enregistrés le forfait et les services auxquels chaque
abonné a souscrit, les caractéristiques de son mobile, etc.
Chaque fois qu'un abonné tente d'émettre un appel ou
d'accéder à un service, une requête est envoyée au HLR qui,
selon les cas, accorde ou refuse la communication.
L'UMSC se charge de la voix

Le commutateur MSC
(Mobile Switching Center),
qui existe déjà en 2G, transfère la
voix et les SMS vers les réseaux de téléphonie fixes ou
mobiles des autres opérateurs, via une passerelle de routage
appelée GMSC (Gateway MSC).
En UMTS, comme la voix parvient au
MSC en mode paquets, on adjoint à cet équipement une
passerelle (Media Gateway)
qui permet de repasser en mode circuit
- utilisé en 2G et en téléphonie fixe. Le MSC prend alors
l'appellation UMSC, signifiant qu'il est compatible UMTS. Il
prend aussi en charge la visiophonie.
Le SGSN s'occupe du transfert de
données

Le SGSN
(Serving GPRS Support Node),
déjà utilisé avec le GPRS, transfère
les données en mode paquets vers Internet, vers des réseaux
intranet ou vers les plates-formes de services MMS (et
inversement). Cette mise en relation s'effectue via une
passerelle de routage des données appelée GGSN
(Gateway GPRS Support Node).
Les débits de bas en haut
La première génération de
téléphonie mobile, fondée sur une norme analogique, a fait
son apparition dans les années 80 (avec les Radiocom 2000,
en France). Mais c'est seulement en 1992, avec le lancement
de la 2G, fondée sur la norme GSM, que la téléphonie mobile
décolle. Le débit est théoriquement limité à 9,6 kbit/s pour
les données et à 14,4 kbit/s pour la voix.
Dans la réalité, il est moindre. Il
faudra attendre les années 2000, avec l'apparition du GPRS,
une évolution de la norme GSM, pour atteindre un débit réel
équivalent à celui d'un modem RTC, permettant de transférer
des données ou d'accéder au Web de façon relativement
confortable (40 kbit/s réels).
Le Japon inaugure son premier
réseau 3G de norme UMTS à peu près au même moment : les
recherches sur la 3G ont alors commencé il y a plus de
quinze ans ! Pour la France, il faudra attendre 2004.
Le débit théorique de l'UMTS est de
2 Mbit/s, mais il est pour l'heure limité à 384 kbit/s en
réception et 64 kbit/s en émission (en conditions
optimales). Les 2 Mbit/s seront atteints avec le HSDPA, une
évolution de la norme UMTS, prévue dans un an ou deux. Il
est probable que Bouygues Telecom attendra cette échéance
pour lancer son réseau UMTS. Pour l'heure, il prépare le
lancement de l'Edge, l'ultime évolution du GSM qui délivrera
un débit réel de 100 à 200 kbit/s sur les mêmes bandes de
fréquences qu'aujourd'hui.
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