Les déboires du haut-débit continuent !
Suite à l'article de « Micro Hebdo » sur les couacs des
livraisons de modems ADSL, la rédaction a reçu plus de
150 dossiers dénonçant les pratiques des FAI.
La rédaction ,
Micro Hebdo,
le 06/01/2005 à 07h00
Une première constatation vient à
l'esprit, qui prouve bien que le phénomène est général :
aucun fournisseur d'accès n'échappe à votre vindicte. Et vos
plaintes concernent surtout les plus gros FAI, dans l'ordre,
Free, Tiscali, neuf telecom, Wanadoo, et, dans une moindre
mesure, AOL et Cegetel.
De quoi vous plaignez-vous ?
Les récriminations sont si variées
qu'il est difficile d'en dresser une typologie précise.
Chaque cas est particulier et quelques exemples suffiront.
Nous ne reviendrons pas sur les prélèvements effectués
jusqu'à trois ou quatre mois avant que vous puissiez vous
connecter, que nous avions dénoncés dans
Micro Hebdo
numéro 338, page 6. Mais on peut y
ajouter tous ceux qui continuent à être prélevés alors
qu'ils sont privés de leur connexion pendant des semaines ou
des mois, parce que leur modem en panne a été envoyé en
réparation, ou parce que leur ligne est hors-service. Comme
si un locataire devait continuer à payer le loyer d'un
appartement dont l'accès lui est interdit par le
propriétaire.
Pour corser le tout, les problèmes
de facturation fantaisiste, incompréhensible ou abusive ne
sont pas rares. C'est en particulier le cas pour ceux qui
décident d'opter pour un nouvel abonnement, passant par
exemple de 512 kbit/s à 2 Mbit/s. Encore heureux si ce
nouvel abonnement leur donne satisfaction. Une bonne dizaine
d'entre vous a ainsi souscrit un abonnement en principe plus
rapide, qui s'est avéré plus lent que l'ancien !
Et mieux vaut ne pas déménager en
cours d'abonnement, tel ce client de Free, qui, suite à une
mutation professionnelle en octobre dernier, a demandé le
transfert de son abonnement : il lui a été demandé de
résilier son contrat et de faire une nouvelle demande. Ce
qu'il a fait. Et ce qui devait arriver arriva : son compte a
été débité de 99 euros pour résiliation ! Pire, ayant reçu
un nouveau modem, qu'il n'avait pas demandé, il a été débité
de 120 euros, sans qu'il ait donné son accord préalable.
Les FAI payent la rançon de la gloire
La raison de ces dysfonctionnements
est connue : les FAI sont victimes de leur succès. En effet,
vous êtes si nombreux à vouloir un abonnement à haut débit
qu'ils peinent à donner satisfaction à tous. Il est vrai
qu'il n'est pas facile de contenter des clients dont
l'équipement est disparate (PC de toutes sortes et de tous
âges, différentes versions de Windows), et dont les
raccordements aux lignes téléphoniques sont variables (par
la distance au central et la qualité de la ligne). De plus,
tout le monde ne sait pas forcément tout brancher et mettre
en place. D'où des problèmes d'installation qui font
s'arracher les cheveux à certains d'entre vous.
Mais les FAI ont une grande part de
responsabilité. A grands coups de campagnes publicitaires et
de prix bas, ils se font une guerre impitoyable pour se
créer une clientèle, quitte à faire des mécontents en
cherchant à gagner des parts de marché. Les conséquences de
cette course en avant sont l'allongement des délais de
livraison des modems, Freebox, et autres Livebox, ainsi
qu'une grande désorganisation des services après vente. Les
FAI que nous avons contactés l'admettent volontiers, en
promettant que les choses vont s'arranger dans les mois à
venir...
Le service après-vente est déficient
Le pire, et les avis sont presque
unanimes, ce n'est pas tant les retards que l'absence
d'informations fiables et de contacts. Les réponses à vos
courriels, quand il y en a, sont très souvent des textes
automatiques et, quand il s'agit d'une réponse
circonstanciée, son but est surtout de calmer votre
impatience. Quant au recours à l'aide téléphonique payante,
il est exécré. Non seulement à cause de son prix (qui peut
tripler le coût d'un abonnement), mais aussi de sa
difficulté d'accès. Dès le mois de novembre, les lignes de
téléphone étaient sans cesse occupées. Tiscali, par exemple,
admet ne pouvoir répondre qu'à 80 % des appels.
Et quand vous arrivez à obtenir
quelqu'un, ses réponses ne sont pas toujours fiables. Un
même problème peut recevoir une réponse différente selon
l'interlocuteur. Et il est facile de se défausser.
« Si vous ne parvenez pas à vous
connecter, c'est la faute de France Télécom »,
se sont vu répondre certains alors que
France Télécom affirmait de son côté que tout était en
ordre ! Reste la réclamation par courrier postal. Là encore,
grosse déception. Vous êtes plusieurs à nous informer que
vos courriers recommandés au service Fidélisation de Free
sont sans réponse depuis des mois !
Comment faire valoir son bon droit
Aucune méthode n'est sûre pour
faire valoir ses droits. Certains d'entre vous ont demandé à
leur banque de suspendre les prélèvements bancaires, mais,
en plus des frais de banque, des sociétés de recouvrement
les ont menacés de poursuites ! Vous pouvez assigner le FAI
devant le tribunal de grande instance (TGI). C'est gratuit,
mais rien ne garantit le résultat.
Gaëlle Patetta, avocate qui
travaille régulièrement avec l'association UFC-Que Choisir,
nous a confié que les juges n'étaient pas tous au fait des
problèmes spécifiques aux FAI. Ils risquent alors de ne
juger, à votre détriment, qu'en se fondant sur les termes du
contrat. Certains ont cependant entrepris cette démarche.
L'un de nos lecteurs, avocat parisien, privé de téléphone
pendant plus d'un mois parce que sa Freebox n'était pas
arrivée, a assigné Free en référé devant le TGI. Que
croyez-vous qu'il advint ? Il a obtenu sa ligne et sa
Freebox en deux jours ! Il n'en a pas moins maintenu son
action pour obtenir des dommages et intérêts. Jugement en
janvier.
Mais tout le monde n'est pas
capable de monter un dossier qui puisse convaincre les
juges. L'Afa (Association des fournisseurs d'accès) refuse
en effet d'admettre qu'il y a une
« obligation de résultat »
dans les contrats des FAI, que vous
pouvez consulter sur leurs sites dans les conditions
générales de vente (CGV). Ils s'appuient pour cela sur le
fait qu'ils ne maîtrisent pas tout le processus. En
revanche, ils sont tenus légalement à une
« obligation de moyens »
, des moyens manifestement
insuffisants pour l'instant.
Il ne faut donc pas baisser les
bras. Vous pouvez par exemple vous regrouper, comme l'ont
fait des utilisateurs de Free (
www.freeks.org ).
Vous pouvez aussi contacter les associations de
consommateurs. La plus en pointe étant l'UFC-Que Choisir (
www.quechoisir.org
), qui réfléchit à une action à ce sujet. Parallèlement,
faites pression sur la Direction générale de la concurrence,
de la consommation et de la répression des fraudes :
www.minefi.gouv.fr/courrierPHP4/formulaire.php?form=litige.htm&ptheme=32
Pour finir sur une note positive,
les 150 plaintes reçues peuvent paraître dérisoires par
rapport aux dizaines de milliers de nos lecteurs abonnés à
l'ADSL. Il y aurait donc une grande majorité d'internautes
heureux qui, comme chacun sait, n'ont pas d'histoire. Est-ce
une raison pour abandonner les autres à leur triste sort ?
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