Le disque s'invite dans la sauvegarde
Alors que la bande règne dans la sauvegarde, le stockage secondaire sur disque dopé par S-ATA s'impose comme support intermédiaire. But visé : s'affranchir de la nature séquentielle des opérations sur bande.

Renaud Bonnet , Décision Informatique, le 28/06/2004 à 07h00

D2D - sauvegarde disque-à-disque - et D2D2T ­ -sauvegarde disque-vers-disque-vers-bande - font du bruit depuis un an. Constructeurs, éditeurs et prestataires de services se précipitent vers ces technologies. Elles n'ont pourtant rien de neuf. StorageTek ou IBM commercialisent des outils de ce type depuis vingt ans auprès des centres de données. Mais le coût du gigaoctet sur disque, bien plus élevé que celui sur bande, réservait le D2D à quelques clients manipulant de grandes quantités de données. La baisse de prix des disques en rend possible l'arrivée dans les petites et moyennes entreprises.

 

« Les différences de coût entre disque et bande se sont réduites, constate Jean-Claude Petiot, ingénieur avant-vente chez l'intégrateur APX Computer. La bande est de plus en plus performante, mais elle n'est plus aussi bon marché qu'avant, alors que les disques ATA et S-ATA sont devenus abordables. » Du coup, apparaît chez les constructeurs une offre de stockage disque, dite secondaire ou « nearline » , adaptée, entre autres, au D2D.

 

Se libérer de la bande pour plus de vitesse et de flexibilité

L'intérêt de sauvegarder sur disque est de s'affranchir des limites de la bande, qu'il ne faut pas réduire à un problème de vitesse de transfert. « Le disque paraît rapide, mais les lecteurs de bandes récents le sont aussi, souligne Grégoire Decroix, directeur avant-vente d'Overland. La vraie différence est dans le mode d'accès au support : direct pour le disque, séquentiel pour la bande. » Un lecteur de bandes est un système à état unique. Qu'il charge une cartouche ou déroule la bande jusqu'au segment voulu (opérations lentes), lise des données ou en écrive, il n'effectue qu'une opération à la fois, et ses temps d'accès sont élevés. Le disque peut, lui, effectuer plusieurs opérations simultanées, et gère bien les traitements parallèles.

 

La bande connaît bien le multiplexage, qui consiste à écrire plusieurs flux de données entrelacés afin d'optimiser les taux de transfert. Mais lors de la restitution des données, le lecteur doit lire tout ce qui est sur la bande même s'il ne restitue qu'un flux de données sur quatre, ce qui limite ses performances.

 

Selon Lionel Cavalliere, chef de produits sauvegarde NetWorker de Legato, « la raison principale de l'adoption de la sauvegarde sur disque par nos clients tient au caractère prédictif de la restauration. Il y a aussi des effets de bord, comme la diminution des temps de sauvegarde, car les vitesses importantes d'écriture sont plus faciles à atteindre avec des disques qu'avec des bandes. De plus, le disque dispose de modes de gestion de la sécurité, comme le Raid, bien plus avancés que ceux pour bande ».

 

Une multitude d'approches

Le D2D/D2D2T n'est pas une technologie unifiée. Trois tendances se dégagent. La première regroupe les modèles de bibliothèques virtuelles, qui présentent au logiciel de sauvegarde un espace disque comme s'il s'agissait d'un robot de bandes. On trouve là des matériels dédiés (Pathlight VX d'Adic, DX30 et 100 de Quantum, CP3100 de Certance, etc.) ou des logiciels (VirtualTape Library de FalconStor, un module pour Time Navigator d'Atempo, etc.). Ces outils assurent aussi la copie des bandes virtuelles sur disque vers des bandes réelles, en arrière-fond. Ils préservent le modèle d'administration des bandes : mode bloc, médias, pools, catalogue... Ce qui constitue aussi leur limite.

 

Une autre tendance a emporté l'adhésion de la plupart des éditeurs du domaine. Elle consiste à gérer des disques directement depuis le serveur de sauvegarde. Une sauvegarde de premier niveau est effectuée sur des disques, qui sont soit des équipements dédiés au stockage secondaire (BladeStore de StorageTek, NearStore de NetApp...), soit des espaces disponibles sur une ressource réseau (serveur, NAS, baie Raid...) et attachés par un point de montage à l'arborescence du serveur de sauvegarde. Une sauvegarde de second niveau assure ensuite le transfert des données vers une bibliothèque de bandes, éventuellement en fonction de règles de gestion hiérarchique. Ce modèle est d'une grande flexibilité, tant dans la gestion des ressources exploitées que pour les mouvements de données. Mais il exige de maîtriser les notions de stockage : volume, LUN, systèmes de fichiers...

 

Dernière tendance, « les PME font souvent appel à des systèmes NAS pour en faire leur solution de sauvegarde sur disque. C'est une approche possible, mais qui ne répond pas aux besoins de l'ensemble de la chaîne de sauvegarde », constate Guillaume Crapart, responsable partenaires de Quantum. « Dans la sauvegarde, la traçabilité de l'information est très importante. Un NAS ne sait que partiellement l'assurer par des fonctions comme les instantanés snapshots, et il y a une limite à la conservation dans le temps des volumes en ligne », conclut Lionel Cavalliere.

 

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Mort de la bande ? Pas du tout !

Quoi qu'en dise EMC, la bande ne devrait pas disparaître. « On a tendance à faire croire au client qu'il peut se passer de la bande, mais la sauvegarde sur disque ne répond pas au besoin d'externalisation des données » , estime Jean-Claude Petiot d'APX Computer. Une approche globale de la protection - pannes matérielles, pertes de données accidentelles, reprise sur sinistre - impose l'externalisation.

De plus, dès qu'il est nécessaire d'archiver, il faut disposer d'un espace de stockage secondaire qui croît selon la fréquence de l'archivage et la durée de conservation. « Le tout-disque n'est pas une hypothèse économiquement viable aujourd'hui » , constate Grégoire Decroix, d'Overland.


 
Beaucoup de projets, peu de réalisations

La sauvegarde sur disque a beau être un sujet « chaud », l'attrait qu'elle représente est encore très difficile à estimer. Jean-Claude Petiot d'APX Computer note « de très nombreuses interrogations, et déjà quelques mises en oeuvre pour des entreprises qui ont des problèmes de performances ou de fenêtres de sauvegarde trop vastes ». Mais les éditeurs et les constructeurs se défilent dès qu'il est question de fournir des chiffres sur les ventes et les mises en oeuvres réelles.

Tous reconnaissent cependant qu'environ 50 % de leurs clients y réfléchissent. Les analystes semblent confirmer ce chiffre. Le Taneja Group indique que 76 % des administrateurs de stockage nord-américains prévoient de mélanger disques et bandes dans leurs architectures de sauvegarde d'ici à fin 2005. La revue Storage rapporte que 50 % des 635 administrateurs de stockage qu'elle a interrogés envisagent d'augmenter leurs investissements dans la sauvegarde sur disque.