La lente marche vers le stockage en réseau
Le marché du stockage se remet des années terribles. NAS et DAS s'imposent progressivement, sans tuer pour autant l'attachement direct.

Renaud Bonnet , Décision Informatique, le 24/11/2004 à 07h00

 

Le coup de Trafalgar qui a secoué l'informatique d'entreprise ces dernières années n'a pas épargné le secteur du stockage. Après des baisses en 2001 et 2002, et une violente instabilité des investissements, une stabilisation a commencé à se faire sentir en 2003, suivie d'un redémarrage à la fin de cette même année. La tendance se confirme en 2004. « Depuis quelques mois, nous assistons à une reprise de la demande. Ces dernières années, les décisions d'achats n'intervenaient qu'en dernière limite, pour répondre à un problème pressant, ce qui était rarement le résultat d'une réflexion sereine. Aujourd'hui, les projets à plus long terme se multiplient », constate Daniel Charles, responsable de l'activité Centre de données chez l'intégrateur Dimension Data.

Robin Burke, vice-président Recherche de Gartner Storage Europe, relativise cette bonne santé. « Le stockage se porte globalement mieux en 2004 qu'en 2003, mais on ne peut dire qu'il est en pleine forme, car la valeur n'est pas là. Les fournisseurs ont beaucoup baissé leurs prix durant la période précédente et ne peuvent plus revenir en arrière. Alors que nous prévoyions, il y a trois ans, un rythme de croissance d'environ 18 % par an en valeur, nous l'avons révisé à 10 %. »

Le stockage en réseau en tête en 2006

Cette prévision de croissance reste très confortable, mais cache une grande hétérogénéité de situations. Ainsi, le disque, domaine roi du stockage, révèle des disparités. Le mouvement annoncé d'une baisse des revenus de l'attachement direct au profit du stockage en réseau se vérifie. Fin 2003, le Gartner Group estimait cette baisse pour la France à 7,2 % par an, pour la période 2002-2007, pour le DAS interne, et à 8 % par an pour le DAS externe (avec une diminution très nette des baies passives JBOD, qui perdent 21 % par an en revenus et diminuent rapidement en nombre d'unités).

Le volume livré en téraoctets est, lui, en nette augmentation pour la même période : environ 37,9 % par an pour le DAS interne. Une conséquence évidente de l'accroissement de la taille des disques qui se traduit sur les différents segments d'équipements, qu'ils soient en attachement direct ou en réseau, par une croissance des capacités livrées allant de 35 à 75 % par an (pour les baies de type SAN : leur volume explose littéralement tandis que le nombre d'unités diminue, la consolidation est bien là).

Ne parlons cependant pas de disparition du stockage en attachement direct. Celui-ci reste en tête en valeur en 2004 et 2005. Cependant, selon les prévisions pour 2006, il serait devancé par le stockage en réseau, mais persisterait à conserver l'avantage en To livrés, probablement jusqu'en 2008. Cela signifie que les entreprises n'en ont pas fini de stocker des données directement sur leurs serveurs. Pour Éric Sheppard, d'IDC, qui surveille le marché des équipements disques, « dans le stockage en réseau, les fournisseurs se concentrent sur les PME, et on constate une adoption massive des baies les moins coûteuses ».

Une tendance que confirment là encore les annonces récentes, comme celle d'IBM, qui, avec ses DS300 et DS400, prend en compte le marché des petits utilisateurs de stockage (moins de 4 To de données) pour lesquels il ne proposait pas jusqu'à présent d'équipements en réseau.

En matière d'utilisation, la ligne de fond des investissements repose toujours sur le trio capacité/consolidation/sauvegarde, et l'ILM, annoncée en fanfare, reste essentiellement un concept qui bute à la fois sur la complexité de mise en oeuvre et sur le manque de solutions globales et intégrées. Il en est un peu de même pour le stockage réglementé. « C'est un domaine dans lequel il y a beaucoup à faire, mais qui demande du service et une assistance aux clients tout autant que du matériel. Actuellement, beaucoup d'entreprises ne savent pas comment faire pour se mettre en conformité avec les réglementations », estime Éric Sheppard.

L'ascension de la réplication des données

L'autre grand rendez-vous manqué est l'administration des équipements, véritable casse-tête il y a quelques années, et supposée donner vie par sa complexité à un riche marché. Or l'accord se fait sur un rétrécissement des dépenses dans ce domaine, qui, s'il n'est pas mort, va tout doucement vers sa retraite. Il semble que l'élaboration de SMI-S (Storage Management Interface Standard), qui assure un minimum d'interopérabilité entre les équipements, n'y soit pas étrangère. Mais aussi les constructeurs qui, dans leur course effrénée aux parts de marché, ont distribué allègrement avec leurs équipements des logiciels d'administration de ce type, épuisant ainsi une partie du marché potentiel.

En revanche, et de façon inattendue, les problématiques de reprise sur sinistre, et en particulier la réplication de données ont connu une poussée ces dix-huit derniers mois. « Il y a quelques années, c'était une technologie réservée aux grands systèmes et aux gros Unix. Désormais, c'est dans le monde Windows et dans celui des petits serveurs Unix que la demande se fait jour », témoigne Daniel Charles. Pas étonnant dans cette logique de constater que les constructeurs introduisent des fonctions de réplication quasiment dans tous leurs équipements évolués et que les éditeurs leur emboîtent le pas.

Quelques géants dominent le marché

Principaux fournisseurs de stockage externe sur disques

La fusion de HP et de Compaq a donné naissance à un géant très bien installé en Europe.

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Principaux éditeurs d'outils d'administration de stockage

Beaucoup de constructeurs cohabitent avec quelques éditeurs (Veritas et CA).

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Chiffre d'affaires de l'administration du stockage

Avec une croissance moyenne annuelle de 10 %, l'administration du stockage est dans la moyenne, mais ne s'emballe pas, même si on parle beaucoup d'ILM et de SRM.

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ISCSI et les NAS intermédiaires en hausse, baisse du DAS en valeur

Serveurs connectés à un SAN en Fibre Channel ou en iSCSI en France en 2003

Si l'adoption d'iSCSI doit devenir massive à partir de 2005, cette croissance ne se fait cependant pas au détriment de Fibre Channel qui continue à progresser.

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Prévision des ventes de NAS par segment de marché en France en 2003

La hausse des ventes de NAS n'est pas foudroyante, sauf dans la gamme intermédiaire. Le volume global des données stockées sur NAS reste faible.

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Évolution de l'attachement direct et du stockage en réseau en France en 2003

Le DAS reste très solidement implanté, mais perd en valeur. Le stockage en réseau le dépasse en CA, mais pas en volume avant la fin de la décennie.

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Consolidation ?

En 2003, les rumeurs de rachats dans le monde du stockage se sont multipliées. Certaines sont suivies d'effets (EMC mettant la main sur Legato puis sur Documentum, Sun récupérant Pirus Networks, Cisco rachetant Andiamo et, très récemment, Veritas absorbant KVS...), d'autres continuent leur vie de rumeur comme le serpent de mer d'une acquisition d'EMC par IBM. Mais finalement, les grands rapprochements sont rares.

Selon Robin Burke, « au plus haut niveau, il ne reste plus grand-chose à fusionner. EMC, qui a beaucoup d'argent en réserve, pourrait investir, mais les partenariats croisés sont si nombreux dans le secteur qu'acheter devient risqué. Prenons l'exemple des fabricants de commutateurs Fibre Channel Brocade et McData qui multiplient les accords de revente et de partenariat. Si quelqu'un les rachète, que vont devenir ces accords ? Et si cela avait du sens pour EMC d'acquérir Legato pour corriger sa faiblesse en sauvegarde, il est certain que cela lui a aliéné certains partenaires de ce dernier. Dans les petites structures, en revanche, fusionner a encore un sens. D'autant que beaucoup d'entreprises ne se lancent que dans l'espoir d'être rachetées. Ce sont en fait des pôles de R&D dont s'emparent les grands lorsqu'ils ont besoin d'une technologie qu'il serait trop coûteux ou trop long de développer en interne. »